Les logiciels influencent-ils notre liberté graphique ?
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Aujourd'hui, on va parler des logiciels. C'est un sujet qui me tient à coeur puisque c'est le sujet sur lequel j'avait écrit mon mémoire de mastère.
Grâce à des outils comme Canva ou Adobe Express, ou même l'IA, tout le monde peut créer des visuels en un rien de temps. On peut se former en autodidacte plus rapidement.
Comment cette accessibilité change la manière de créer ?
→ La maitrise de l'outil
William Morris, un pionnier du mouvement Arts and Crafts, prônait une production artisanale et une implication totale dans le processus créatif. À l’époque, avant d'être designer, on était artisan, impliqué de A à Z. Mais aujourd'hui, avec la facilité d'accès aux outils numériques, perdons-nous cette maitrise de l'outil ?
Prenons le cas intelligences artificielles. Ces outils peuvent générer des visuels rapidement, mais cela remet en question notre rôle en tant que créatifs. Sommes-nous encore designers si générons des images en un clic ?
→ Le dilemme de l'uniformisation
Les logiciels Adobe ont plus ou moins le monopole dans le design graphique, c'est ce qu'on nous apprends à utiliser à l'école et ils permettent une dépendance entre tous les logiciels.
Seulement utiliser les mêmes outils conduit souvent à une uniformisation des productions. “Par exemple, un automatisme permet de saisir immédiatement du texte dans un nouveau document InDesign. Ce texte sera alors composé automatiquement avec un caractère acceptable (Minion Pro), un corps acceptable (12 points), un interlignage acceptable (120 % du corps) et une couleur acceptable (noir).” - Kevin Donnot
Dans le livre “Modernes sans modernités” publié en 2010 de Pierre-Damien Huygues, l’auteur déclare que l’ingéniosité “consiste à obtenir que le travail matériel de construction effectué pas à pas ne vienne pas faire de bruit dans la présence ultime de l’oeuvre”. Autrement dit, un outil est ingénieux et qualitatif, s’il n’influence pas ce qu’il produit. Or, difficile d’imaginer qu’un pinceau d’aquarelle ait le même rendu qu’un jet d’acrylique façon Pollock
Mais quand on y réfléchit, si un outil influence le résultat d’une création, alors ce que l’on appelle la “patte”, le style de l’artiste, du designer, ou de l’illustrateur ne serait en réalité que lié à son outil.
En effet, en proposant des réglages par défaut, l’utilisateur peut ne pas prendre le temps d’aller chercher plus loin et ainsi disposer d’une décision issue de son libre-arbitre. La nécessité d’avoir une réflexion critique concernant l’utilisation de ces logiciels est primordiale pour pouvoir se détacher de l’influence de leur interface.
Pourtant cela reste un point de départ pour créer. Ces fonctionnalités permettent de démarrer facilement et donc d’ouvrir la création à des non-initiés. Sommes-nous donc plus limités lorsque davantage de possibilités nous sont proposées ?
→Thèse de philosophie, Département Industrial and Systems Engineering, université d’État de l’Ohio.
Les concepteurs de produits étant formés pour esquisser la forme globale plutôt que les détails pour saisir au mieux le concept global d’un objet, une étude à été réalisée impliquant 30 designers expérimentés afin d’étudier comment les outils de conception peuvent influencer sur le processus de création, en particulier grâce à la couleur.
L’étude visait à observer deux groupes de designers répartis au hasard, lorsqu’ils esquissaient un objet simple : une lampe de chevet. Les consignes de l’étude étaient les suivantes
Le premier groupe esquissait la lampe avec une seule couleur tandis que le second disposait de quatre couleurs.
En utilisant plusieurs couleurs, le second groupe avait davantage tendance à esquisser un composant de la lampe à la fois, plutôt que la forme globale, s’attardant sur les caractéristiques distinctives de l’objet.
Les personnes travaillant avec une seule couleur dessinaient d’abord la forme de la lampe pour ensuite affiner le dessin. La disponibilité de plusieurs couleurs incitent donc les participants à regrouper mentalement les éléments de conception, focalisant l’attention sur les détails typiques de l’objet.
Plus il y a de possibilités de s’éparpiller, plus les utilisateurs auront tendance à s’égarer. L’essentiel en design reste le message, le concept, la forme globale.
→ Bibliothèque, plug-ins, assets et graphisme pré-mâché
L’implication du designer est également questionnable en constatant l’émergence de nombreuses solutions facilitant la construction d’une création.
À l’ère où tout va de plus en plus vite, la perception du temps est de plus en plus biaisée par les avancées technologiques et sociétales. Par exemple les vidéos et musiques sont de plus en plus courtes car notre concentration diminue....
Et dans la création, c’est pareil, la vitesse d’exécution prime parfois sur le résultat.
Que ce soit des templates de site internet, des assets 3D, des plug-ins de motion et autres, tous les champs du design visuel sont impactés par ces nouveaux outils offrant des ressources pré-fabriquées aux concepteurs pour accélérer et faciliter leur processus.
La question de ces nouvelles ressources à été abordée, lors de l'épisode 5 de Bobine, animé par Justin Buisson "Photo et 3D = même métier ?"
Alors oui, l'essor des outils numériques transforme notre manière de créer. Mais il est crucial de rester critique au sujet de notre processus, continuer de se poser des questions. Le design, c'est avant tout un acte de réflexion.
Aujourd'hui, on va parler des logiciels. C'est un sujet qui me tient à coeur puisque c'est le sujet sur lequel j'avait écrit mon mémoire de mastère.
Grâce à des outils comme Canva ou Adobe Express, ou même l'IA, tout le monde peut créer des visuels en un rien de temps. On peut se former en autodidacte plus rapidement.
Comment cette accessibilité change la manière de créer ?
→ La maitrise de l'outil
William Morris, un pionnier du mouvement Arts and Crafts, prônait une production artisanale et une implication totale dans le processus créatif. À l’époque, avant d'être designer, on était artisan, impliqué de A à Z. Mais aujourd'hui, avec la facilité d'accès aux outils numériques, perdons-nous cette maitrise de l'outil ?
Prenons le cas intelligences artificielles. Ces outils peuvent générer des visuels rapidement, mais cela remet en question notre rôle en tant que créatifs. Sommes-nous encore designers si générons des images en un clic ?
→ Le dilemme de l'uniformisation
Les logiciels Adobe ont plus ou moins le monopole dans le design graphique, c'est ce qu'on nous apprends à utiliser à l'école et ils permettent une dépendance entre tous les logiciels.
Seulement utiliser les mêmes outils conduit souvent à une uniformisation des productions. “Par exemple, un automatisme permet de saisir immédiatement du texte dans un nouveau document InDesign. Ce texte sera alors composé automatiquement avec un caractère acceptable (Minion Pro), un corps acceptable (12 points), un interlignage acceptable (120 % du corps) et une couleur acceptable (noir).” - Kevin Donnot
Dans le livre “Modernes sans modernités” publié en 2010 de Pierre-Damien Huygues, l’auteur déclare que l’ingéniosité “consiste à obtenir que le travail matériel de construction effectué pas à pas ne vienne pas faire de bruit dans la présence ultime de l’oeuvre”. Autrement dit, un outil est ingénieux et qualitatif, s’il n’influence pas ce qu’il produit. Or, difficile d’imaginer qu’un pinceau d’aquarelle ait le même rendu qu’un jet d’acrylique façon Pollock
Mais quand on y réfléchit, si un outil influence le résultat d’une création, alors ce que l’on appelle la “patte”, le style de l’artiste, du designer, ou de l’illustrateur ne serait en réalité que lié à son outil.
En effet, en proposant des réglages par défaut, l’utilisateur peut ne pas prendre le temps d’aller chercher plus loin et ainsi disposer d’une décision issue de son libre-arbitre. La nécessité d’avoir une réflexion critique concernant l’utilisation de ces logiciels est primordiale pour pouvoir se détacher de l’influence de leur interface.
Pourtant cela reste un point de départ pour créer. Ces fonctionnalités permettent de démarrer facilement et donc d’ouvrir la création à des non-initiés. Sommes-nous donc plus limités lorsque davantage de possibilités nous sont proposées ?
→Thèse de philosophie, Département Industrial and Systems Engineering, université d’État de l’Ohio.
Les concepteurs de produits étant formés pour esquisser la forme globale plutôt que les détails pour saisir au mieux le concept global d’un objet, une étude à été réalisée impliquant 30 designers expérimentés afin d’étudier comment les outils de conception peuvent influencer sur le processus de création, en particulier grâce à la couleur.
L’étude visait à observer deux groupes de designers répartis au hasard, lorsqu’ils esquissaient un objet simple : une lampe de chevet. Les consignes de l’étude étaient les suivantes
Le premier groupe esquissait la lampe avec une seule couleur tandis que le second disposait de quatre couleurs.
En utilisant plusieurs couleurs, le second groupe avait davantage tendance à esquisser un composant de la lampe à la fois, plutôt que la forme globale, s’attardant sur les caractéristiques distinctives de l’objet.
Les personnes travaillant avec une seule couleur dessinaient d’abord la forme de la lampe pour ensuite affiner le dessin. La disponibilité de plusieurs couleurs incitent donc les participants à regrouper mentalement les éléments de conception, focalisant l’attention sur les détails typiques de l’objet.
Plus il y a de possibilités de s’éparpiller, plus les utilisateurs auront tendance à s’égarer. L’essentiel en design reste le message, le concept, la forme globale.
→ Bibliothèque, plug-ins, assets et graphisme pré-mâché
L’implication du designer est également questionnable en constatant l’émergence de nombreuses solutions facilitant la construction d’une création.
À l’ère où tout va de plus en plus vite, la perception du temps est de plus en plus biaisée par les avancées technologiques et sociétales. Par exemple les vidéos et musiques sont de plus en plus courtes car notre concentration diminue....
Et dans la création, c’est pareil, la vitesse d’exécution prime parfois sur le résultat.
Que ce soit des templates de site internet, des assets 3D, des plug-ins de motion et autres, tous les champs du design visuel sont impactés par ces nouveaux outils offrant des ressources pré-fabriquées aux concepteurs pour accélérer et faciliter leur processus.
La question de ces nouvelles ressources à été abordée, lors de l'épisode 5 de Bobine, animé par Justin Buisson "Photo et 3D = même métier ?"
Alors oui, l'essor des outils numériques transforme notre manière de créer. Mais il est crucial de rester critique au sujet de notre processus, continuer de se poser des questions. Le design, c'est avant tout un acte de réflexion.
Aujourd'hui, on va parler des logiciels. C'est un sujet qui me tient à coeur puisque c'est le sujet sur lequel j'avait écrit mon mémoire de mastère.
Grâce à des outils comme Canva ou Adobe Express, ou même l'IA, tout le monde peut créer des visuels en un rien de temps. On peut se former en autodidacte plus rapidement.
Comment cette accessibilité change la manière de créer ?
→ La maitrise de l'outil
William Morris, un pionnier du mouvement Arts and Crafts, prônait une production artisanale et une implication totale dans le processus créatif. À l’époque, avant d'être designer, on était artisan, impliqué de A à Z. Mais aujourd'hui, avec la facilité d'accès aux outils numériques, perdons-nous cette maitrise de l'outil ?
Prenons le cas intelligences artificielles. Ces outils peuvent générer des visuels rapidement, mais cela remet en question notre rôle en tant que créatifs. Sommes-nous encore designers si générons des images en un clic ?
→ Le dilemme de l'uniformisation
Les logiciels Adobe ont plus ou moins le monopole dans le design graphique, c'est ce qu'on nous apprends à utiliser à l'école et ils permettent une dépendance entre tous les logiciels.
Seulement utiliser les mêmes outils conduit souvent à une uniformisation des productions. “Par exemple, un automatisme permet de saisir immédiatement du texte dans un nouveau document InDesign. Ce texte sera alors composé automatiquement avec un caractère acceptable (Minion Pro), un corps acceptable (12 points), un interlignage acceptable (120 % du corps) et une couleur acceptable (noir).” - Kevin Donnot
Dans le livre “Modernes sans modernités” publié en 2010 de Pierre-Damien Huygues, l’auteur déclare que l’ingéniosité “consiste à obtenir que le travail matériel de construction effectué pas à pas ne vienne pas faire de bruit dans la présence ultime de l’oeuvre”. Autrement dit, un outil est ingénieux et qualitatif, s’il n’influence pas ce qu’il produit. Or, difficile d’imaginer qu’un pinceau d’aquarelle ait le même rendu qu’un jet d’acrylique façon Pollock
Mais quand on y réfléchit, si un outil influence le résultat d’une création, alors ce que l’on appelle la “patte”, le style de l’artiste, du designer, ou de l’illustrateur ne serait en réalité que lié à son outil.
En effet, en proposant des réglages par défaut, l’utilisateur peut ne pas prendre le temps d’aller chercher plus loin et ainsi disposer d’une décision issue de son libre-arbitre. La nécessité d’avoir une réflexion critique concernant l’utilisation de ces logiciels est primordiale pour pouvoir se détacher de l’influence de leur interface.
Pourtant cela reste un point de départ pour créer. Ces fonctionnalités permettent de démarrer facilement et donc d’ouvrir la création à des non-initiés. Sommes-nous donc plus limités lorsque davantage de possibilités nous sont proposées ?
→Thèse de philosophie, Département Industrial and Systems Engineering, université d’État de l’Ohio.
Les concepteurs de produits étant formés pour esquisser la forme globale plutôt que les détails pour saisir au mieux le concept global d’un objet, une étude à été réalisée impliquant 30 designers expérimentés afin d’étudier comment les outils de conception peuvent influencer sur le processus de création, en particulier grâce à la couleur.
L’étude visait à observer deux groupes de designers répartis au hasard, lorsqu’ils esquissaient un objet simple : une lampe de chevet. Les consignes de l’étude étaient les suivantes
Le premier groupe esquissait la lampe avec une seule couleur tandis que le second disposait de quatre couleurs.
En utilisant plusieurs couleurs, le second groupe avait davantage tendance à esquisser un composant de la lampe à la fois, plutôt que la forme globale, s’attardant sur les caractéristiques distinctives de l’objet.
Les personnes travaillant avec une seule couleur dessinaient d’abord la forme de la lampe pour ensuite affiner le dessin. La disponibilité de plusieurs couleurs incitent donc les participants à regrouper mentalement les éléments de conception, focalisant l’attention sur les détails typiques de l’objet.
Plus il y a de possibilités de s’éparpiller, plus les utilisateurs auront tendance à s’égarer. L’essentiel en design reste le message, le concept, la forme globale.
→ Bibliothèque, plug-ins, assets et graphisme pré-mâché
L’implication du designer est également questionnable en constatant l’émergence de nombreuses solutions facilitant la construction d’une création.
À l’ère où tout va de plus en plus vite, la perception du temps est de plus en plus biaisée par les avancées technologiques et sociétales. Par exemple les vidéos et musiques sont de plus en plus courtes car notre concentration diminue....
Et dans la création, c’est pareil, la vitesse d’exécution prime parfois sur le résultat.
Que ce soit des templates de site internet, des assets 3D, des plug-ins de motion et autres, tous les champs du design visuel sont impactés par ces nouveaux outils offrant des ressources pré-fabriquées aux concepteurs pour accélérer et faciliter leur processus.
La question de ces nouvelles ressources à été abordée, lors de l'épisode 5 de Bobine, animé par Justin Buisson "Photo et 3D = même métier ?"
Alors oui, l'essor des outils numériques transforme notre manière de créer. Mais il est crucial de rester critique au sujet de notre processus, continuer de se poser des questions. Le design, c'est avant tout un acte de réflexion.
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